Les choix que nous décidons de faire en trading sont-ils toujours rationnels ?

 

Une parfaite rationalité des choix serait que les intervenants sur les marchés aient un accès total à toute l’information pour pouvoir exercer la décision la plus rationnelle.

La simple observation des traders dans leur activité nous montre, à l’évidence, que ce n’est pas le cas.

En effet, dans l’univers des marchés financiers on remarque que les individus ne recherchent pas obligatoirement à adopter un comportement optimal, mais plutôt celui dicté par des raisonnements liés à certains conditionnements et/ou croyances individuelles basées sur des règles d’induction.

Dans ce cas, notre mental tend à généraliser un raisonnement à partir d’un cas particulier !

Ce concept de rationalité n’est pas le même pour tout le monde. Il dépend de la personnalité, des préférences, des expériences personnelles qui ont constitué l’univers mental (souvent inconscient) et surtout de la temporalité.

La notion du temps est un facteur très important. Deux personnes peuvent prendre chacune une décision différente face à un choix identique si elles n’ont pas le même laps de temps pour prendre cette décision.

Qui plus est, si elles n’ont pas les mêmes éléments à leur disposition il est logique qu’elles n’adoptent pas forcément le même comportement.

Cette idée du temps est à rapprocher de la manière dont les traders peuvent percevoir une situation donnée à un instant précis en fonction de l’échelle temporelle qu’ils utilisent.

Le « day trader » n’aura pas la même approche de l’opportunité d’une prise de position que le trader long terme. La décision d’intervenir pour l’un, ne le sera pas pour l’autre et vice et versa. Cependant ils peuvent avoir tous les deux raison ou tort, mais là c’est avant tout une question de probabilité et de perception du ratio gain/perte.

Au regard de ces considérations, nous voyons bien que la théorie de l’efficience des marchés ne tient pas.

La finance comportementale a souligné la présence de nombreux biais cognitifs et comportementaux. À cela, viennent se greffer des éléments externes comme les phénomènes de mimétisme ou interne comme les réactions émotionnelles.

Il apparaît donc que la notion de rationalité appliquée au trading est à prendre avec des pincettes.

Les choix individuels qui découlent directement de la perception de l’intervenant dans un temps donné, ainsi que des facteurs psychologiques qui lui sont propres, créent un champ de détermination du choix forcément subjectif.

Il faut donc réduire le plus possible cette part de subjectivité par un travail personnel de conscientisation des causes aggravantes qui engendrent de la contre-performance.

Rationalité et biais psycho-comportementaux.

En ce qui concerne les biais psychologiques, les chercheurs séparent les biais cognitifs, les raisonnements erronés, des biais émotionnels qui consistent à ne considérer que les informations allant dans le sens décidé auparavant.

Dans le premier cas, le trader s’appuie sur des connaissances fausses qu’il envisage pourtant comme des acquis et ne voudra pas reconnaître son erreur de jugement. Dans le second il refuse les émotions négatives des pertes qui impactent sur ses performances.

Ces deux biais peuvent souvent se cumuler et constituent alors ce que l’on nomme un « biais dynamique ». Un raisonnement faussé peut déclencher une perte et induire un biais émotionnel, deux pour le prix d’un !

Les émotions et l’humeur déterminent la performance du trader, un individu serein est capable de bien mieux percevoir l’information et donc, de prendre des décisions plus efficaces.

Pour résumer :

Je dirai qu’un trader ne peut pas être parfaitement rationnel, mais qu’il peut tendre vers une forme d’efficacité dans ses prises de décisions.

Pour se faire, il ne suffit pas de vouloir. Il faut agir en conséquence et comme je l’ai déjà écrit dans d’autres articles comme « Trading et inconscient » ou « Comprendre ses peurs » il est nécessaire de mettre son ego de côté et de prendre le recul nécessaire pour analyser le plus objectivement possible les raisons des échecs répétés.

Les individus s’attachent souvent à des raisonnements simplistes même s’ils savent qu’ils ne sont pas fiables et ne revoient leur système qu’après de très lourdes pertes. Ils sont victimes du dogmatisme de leur perception.

De même, les émotions varient en fonction des gains ou des pertes et quand elles commencent à dominer le trader elles influent sur ses choix. En général elles provoquent de la peur ou de l’excès de confiance en soi, deux attitudes à proscrire dans le trading.

Il ne faut regarder que l’information donnée par le marché. Toute anticipation (si on décide par exemple d’acheter ou vendre certains niveaux) ne doit être faite qu’avec le comportement associé, c’est-à-dire sortir immédiatement en cas d’invalidation du scénario.

Cela vaut aussi pour les signaux techniques, le ratio gain perte a-t-il été bien identifié, le stop correspond-il à une perte acceptable avec notre money-management ?

Certes, tout ceci peut paraître évident, mais dans la pratique, en tant que trader, arrivez-vous à suivre ces règles pourtant élémentaires ? Pas si sûr !

Je vous le dis sans prétention, car j’ai moi-même souvent mis de côté ces simples prescriptions de bons sens dans mon trading.

N’oublions pas que c’est notre mental qui est à la manœuvre et qu’il est impératif d’en avoir le meilleur contrôle possible.

À méditer : Le passé hante notre présent, mais aussi notre avenir…

© 2016 Francis Keyvan