Trading et problématique.

Comme je le soulignais à la fin de l’article précédent, « Quelles sont les motivations du trader », l’impact psychologique et émotionnel du trading doit être neutralisé le plus possible pour prétendre atteindre à la régularité nécessaire pour tout trader qui se respecte.

 

Mais cela est il possible pour tout à chacun ? Cela n’est pas certain.

Un trader, dans les circonstances qui nous intéressent est un investisseur particulier qui engage son propre argent sur les marchés financiers.

Si votre objectif est de ressentir de l’excitation ou des émotions fortes, si vous ne contrôlez pas vos émotions, si vous avez plutôt tendance à être influençable, je crains que vous n’entriez dans la catégorie des 90% de traders perdants.

En effet, vous serez alors soumis aux deux émotions principales auxquelles tout trader est confronté à un moment ou un autre : la peur et l’avidité.

Un bon trader doit être armé psychologiquement et émotionnellement face à l’incertitude constante des marchés. L’acceptation du risque et des pertes inévitables est un facteur déterminant dans l’attitude mentale du trader.

La peur de perdre de l’argent est un vrai problème.

Vous aurez tendance à couper vos positions trop vite et ainsi ne pas réaliser le plein potentiel d’une position gagnante.

À contrario, confronté à une position perdante, vous pourriez très bien rentrer dans le « mode espoir » et perdre toute lucidité en tentant de moyenner votre position en attendant que le marché vous donne raison.

Cela signifie que vous ne pouvez pas revenir sur votre premier jugement et sortir immédiatement en coupant rapidement vos pertes.

Vous êtes en plein effet de gel psychologique.

Cet effet montre que devoir prendre une décision a tendance à bloquer les options possibles et pousse l’individu à maintenir son opinion de départ même si elle s’avère erronée.

Il est très difficile dans ce cas de remettre en cause son approche et les conséquences sur le capital sont souvent dévastatrices.

De même, l’avidité peut amener à un résultat identique. Il est statistiquement démontré qu’un trader qui a réalisé une série de gains a un pourcentage élevé de subir par la suite une lourde perte.

On est alors en mode « surconfiance », on ne prend plus les précautions nécessaires et on commet alors de graves erreurs.

Dans un cas comme dans l’autre, la boucle est bouclée. Les conséquences sont des pertes suffisamment importantes pour créer un choc psychologique qui induit une forme de pessimisme et la peur revient en faisant négliger toute nouvelle opportunité qui se présente.

Je connais beaucoup de traders qui malgré la meilleure volonté du monde ont énormément de difficultés à sortir de ce cercle vicieux.

Ils parviennent pendant un certain temps à stabiliser les choses puis finissent par retomber dans leurs anciens travers.

Alors, comment faire ?

Il faut, en premier lieu, être bien conscient qu’il n’y a pas de méthode toute faite qui peut vous apporter un succès immédiat quoiqu’en disent les publicités alléchantes de certains brokers (pour la plupart sur la liste noire de l’AMF) et de certains formateurs qui prétendent vous apprendre en quelques jours ou semaines ce qu’il faut des années à comprendre par son expérience personnelle.

La recette miracle n’existe pas !

Il y a maintenant quelques points d’importance à considérer.

Pour commencer dans le trading il faut d’abord de l’argent que l’on est prêt à perdre sans état âme, première difficulté psychologique et comportementale.

Il est nécessaire que cette somme d’argent représente un certain capital, car même si on opère sur des mini-contrats des devises ou des CFD avec un petit compte de départ on ne peut espérer en tirer des revenus suffisants.

Certes, pour un apprentissage cela peut être une solution, mais quand on se retrouve en perte de quelques euros ou dizaine d’euros, l’impact émotionnel n’est pas le même que quand il s’agit de centaines ou de milliers d’euros : montants de profits (ou pertes) qui correspondent aux possibilités qu’offre un capital bien plus important qui sera alors suffisant pour en tirer de vrais bénéfices et envisager de pouvoir vraiment vivre du trading (une fois les problèmes de comportement dont je parle auparavant réglés) .

Matériellement il faut donc des munitions et cela n’est pas forcément possible pour tout le monde. Certains ont emprunté de l’argent à leur banque, d’autres à des amis (qui ne l’étaient plus quelques mois après !). C’est un sujet qui est peu ou pas abordé quand on se lance dans le trading et pourtant il est d’importance.

Sans une certaine somme à investir pour tenir dans le temps et faire face aux aléas formateurs que tout trader connaît à ses débuts il est très difficile de réussir, je ne dis pas impossible, mais cela ne facilite pas les choses.

Quant à l’aspect psychologique, je terminerai par ce point en insistant encore une fois sur le fait que c’est la psychologie et le mental qui sont les atouts principaux de la construction d’une attitude adéquate pour parvenir à la régularité.

La patience, le calme, la résistance face au stress, une capacité d’analyse objective, le fait de penser par soi-même, le détachement par rapport aux pertes comme aux gains, l’esprit de décision, la capacité de se remettre en question…voici les fondamentaux qu’il faut apprendre à développer et il faut bien dire qu’en la matière il n’y a pas d’égalité.

Certains n’ont tout simplement pas les qualités de base pour devenir trader. D’autres sont mieux armés mais ont du mal à avoir le recul obligatoire pour s’améliorer car dans le trading rien n’est vraiment simple.

Je suis obligé d’écrire ici qu’il faut pouvoir traverser victorieusement des épreuves très difficiles et que ce n’est pas à la portée de tout le monde.

En conclusion, il y a de nombreux appelés et bien peu d’élus.

Depuis quelques années, un « business » s’est développé avec l’avènement du trading en ligne et la multiplication de Brokers peu scrupuleux qui font leur gagne-pain de la crédulité et de la cupidité des gens.

J’observe aussi la recrudescence d’école de trading et de formations dispensées parfois par des personnes n’ayant jamais pu atteindre la régularité qu’ils prétendent enseigner !

Je mets en garde le trader débutant : il faut pouvoir faire le tri entre le bon grain et l’ivraie dans cette nouvelle jungle marketing. Rien ne remplace l’apprentissage personnel qui est long et difficile et, au bout du compte, peut être devrez vous accepter que vous n’avez pas pu développer ou acquérir les compétences mentales vous permettant d’atteindre vos objectifs.

Certes, c’est douloureux quand il faut renoncer, mais le trader est avant tout un être humain. Le trading vous poussera jusqu’à vos limites psychologiques et si vous ne pouvez les dépasser il est alors question de votre survie….

© 2016 Francis Keyvan